Par ici ou par là, un peu partout ou même ailleurs...

Il est passé par ici, il repassera par là...le chemin, le parcours, à vocation ou juste pour rien, suivant la météo ou l'humeur, avec le goût des autres et l'amour ou pas de soi, il sera audacieux d'aller voir par ici ou par là...

jeudi 19 mars 2009

Lettre à France

Madame,
Vous avez proposé votre candidature pour un poste au sein de la ville de Lyon.

Votre formation et votre parcours professionnel présentent un grand intérêt. Toutefois, votre candidature n'a pas été retenue. En effet, elle ne répond pas à l'ensemble des exigences du poste.

Vous remerciant de l'intérêt porté à notre ville, veuillez agréer, Madame, l'espression de nos salutations distinguées.

Le responsable du Pôle Ressources.
                                                                                                   


Monsieur,

Oui, il y a plusieurs semaines de cela, je vous avais effectivement "proposé" ma candidature pour un poste au sein de la ville de Lyon. Pour plus de précisions, citons-le : un poste de bibliotechnicien au sein de la médiathèque de Vaise, 9ème arrondissement de Lyon.
Parlons-en encore plus précisément : je rêvais de ce poste. Pas seulement parce que je recherche du travail, consciente que nous sommes quelques milliers dans ce cas. Mais, découvrant votre annonce, j'avais ressenti pour la 1ère fois depuis longtemps, l'espoir qu'allier ma passion et mes compétences étaient possibles.

Je suis heureuse de voir que ma formation et mon parcours professionnel puisse représenter un grand intérêt. Je constate néanmoins qu'il aurait fallu qu'ils représentent un plus grand intérêt encore pour qu'ils retiennent davantage votre attention.

Ma candidature n'a pas été retenue. Oui, forcément, autrement, il m'est d'avis que vous m'auriez contacté par téléphone plutôt que par courrier simple pour m'annoncer une autre nouvelle que celle-ci...une convocation à un entretien par exemple...

Oui, Monsieur, vous avez raison, ma candidature ne répondait pas à l'ensemble des exigences du poste que vous proposiez. Je n'ai pas la formation de bibliothécaire, n'ai encore eu aucune expérience dans ce domaine et je présentais, dès le départ, un désavantage de taille : je ne suis pas fonctionnaire. Car, certes, la majeure partie de vos postes sont "ouverts" aux personnes dits de "l'extérieur", autrement dit non-titulaires du concours de fonctionnariat.
C'est un fait : depuis 10 ans que je travaille, je n'ai jamais eu le temps de me poser la question de passer un quelconque concours pour exercer un métier, puisque jusqu'à présent, j'avais la chance d'être employée avec le bagage déjà obtenu par mes formations.

Pourtant, même consciente de mes lacunes non négligeables au départ, j'avais choisi d'oser. Oser me présenter à vous sur la base d'une passion pour la lecture, l'écriture, la culture et du contact avec le public. Oser imaginer que ma connaissance de la population de cet arrondissement et des lieux puisse présenter un intérêt, étant entendu pour tous ceux qui ont une connaissance de l'endroit et de ses habitants que c'est un arrondissement à part des autres, dernière parcelle rattachée à votre grande ville, avec sa population dite "populaire", avec ses friches industrielles et son grand avenir en construction. Oser penser qu'une expérience dans le commercial et le marketing pouvait me permettre de proposer un regard nouveau envers des partenaires extérieurs et une dynamique audacieuse dans les animations qu'une médiathèque a comme mission d'apporter à ses adhérents.
J'avais en tête les si nombreuses personnes rencontrées au cours de ma vie dans les lieux de culture, moi, l'amoureuse des livres, toujours en quête de leurs critiques et de leurs bons conseils. J'en avais ressenti parfois quelque déception, m'apercevant qu'il ne suffit pas d'aimer les livres pour savoir en parler, pas plus qu'une formation de bibliothécaire ne puisse garantir une quelconque compétence dans une fonction aussi polyvalente que l'accueil du public, la lecture, la critique, la mise en avant des ouvrages, ou encore les fonctions d'accompagnement de population par exemple en recherche d'emploi, telles que vous en parliez dans votre annonce. Et pour cela, j'avais l'expérience du vécu.

Oui, Monsieur, j'ai été audacieuse. Car certes, mon parcours n'a pas l'empreinte d'un statut acquis par un concours (sans blâmer aucunement d'ailleurs ceux qui ont le courage de le passer, vu que s'il avait fallu, j'étais prête à le passer  !!), ni même l'expérience de cette fonction à vous mettre en avant en 1ère ligne sur mon CV. Je relis ce matin ma lettre de motivation et m'interroge sur de plus amples chances si j'y avais cité peut-être Zola, Hugo mais aussi, (il faut coller à son époque) Marc Lévy ou encore Anna Gavalda. Osons espérer que cela n'aurait rien changé, car autrement, vous seriez contraints de proposer plus de 2000 caractères aux lettres que l'on vous adresse.

Je n'avais que mes mots, Monsieur, ma modeste culture, ma soif d'apprendre et mon envie de bien faire et suis consciente que c'était un trop peu que vous vous êtes fait l'économie de mesurer.
Enfin, oui, par ces temps difficiles, vous recevez tellement de candidatures que la mienne devait être bien petite et que votre temps est précieux pour faire le tri parmi tout cela.

Pour toutes ces raisons, je comprends votre lettre et n'ai nul autre choix que d'accepter votre réponse.
Mais, pour toutes ces raisons aussi, j'ai le coeur un peu gros à vous lire. Oh, bien sûr, j'avais moins de chances qu'en jouant au Loto que vous soyez assez interpellé par ma démarche pour avoir envie au moins de me rencontrer et entendre mes si nombreuses motivations. Mais, tel au Loto, il ne suffit pas de jouer pour gagner, cela serait trop simple.

Cher Monsieur, merci donc de votre réponse. J'ai ressenti l'envie de vous répondre à mon tour. J'oserais encore, Monsieur, parce que je crois encore à mes rêves et peut-être qu'un jour viendra où j'aurais le plaisir de vous rencontrer. Soyez assuré, Monsieur, que ce jour-là, je n'aurais rien perdu de la passion qui m'anime et qu'à ce moment-là peut-être, vous aurez une toute petite place pour la toute petite femme que je suis.

En attendant ce jour, comme disait Brel, recevez, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

La responsable de moi-même.

Posté par Technicolaure à 14:31 - Billets de route - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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mercredi 25 février 2009

100 % des gagnants ont tenté leur chance...

J'ai répondu à une offre d'emploi.
La première depuis plusieurs années, puisque la précédente m'avait permis de rentrer dans l'entreprise qui m'a licenciée l'année dernière... çà fait bizarre. Comment çà marche ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ? Oh, zut, respecter un ordre logique : le "vous, je, nous". M'en fiche, j'écris machinalement, cet exercice ne m'a jamais posé de souci, c'est vrai, j'ai cette chance. J'écris comme je respire, les mots m'ont toujours été faciles, des amis quand ma bouche est parfois si maladroite à vouloir exprimer des choses pourtant si simples.

J'ai répondu à cette offre comme un coup de poker, miser sur mes passions et faire table rase du passé d'un métier que je voudrais ne plus jamais exercer. J'ai osé, çà y est, je l'ai fait !
Et maintenant...
Maintenant, il y a l'attente. De l'appel ou du courrier. Si ils appellent, c'est pour un entretien. Si c'est un courrier, c'est un refus. C'est toujours ainsi que cela se passe. Il faut le savoir, s'y préparer.
Le plus dur est de se concentrer sur autre chose. Comment trouver l'envie de regarder les autres petites annonces si on a la sensation d'avoir déjà trouvé celle qui nous rendrait heureuse ?
Ce qu'il faut avouer, c'est que ce poste a la particularité d'être dans le fonctionnariat, pour moi qui viens du privé, capitaliste et mercantile, c'est une révolution ! Mais si c'est là que se trouve enfin LA voie, pourquoi pas ?

J'ai peur. Peur que cela ne marche pas, sans avoir pu aller me défendre en entretien. Peur que le fait de venir du privé les rebute avant même d'avoir pu me juger sur d'autres éléments. Peur car une lettre de motivation, aussi bien écrite soit-elle, ne pourra jamais leur dire à quel point ma vie a changé et à quel point tout ce que j'ai compris ces derniers mois ne peut pas être écrit dans un CV qui ne me ressemble tellement plus...

J'essaie de ne pas trop m'accrocher à un espoir qui, je le sais, doit rester mince. Puisque pas prioritaire. Puisque avec un profil atypique.

Mais c'est comme l'instant avant le tirage de l'immense cagnotte du Loto auquel vous avez joué comme 2 fois dans l'année. Il y a toujours ce moment où fébrile, vous vous dites : "qu'est-ce que l'on ferait si on gagnait ?".
S'en suit l'immense liste que nous avons tous fait au moins 1 fois dans notre vie : acheter la maison de nos rêves, faire le tour du monde, arrêter de travailler peut-être pour certains, mettre à l'abri du besoin ses proches, ect..."
Et puis arrive l'heure du tirage. Vous y croyez dur comme fer : 100 % des gagnants ont tenté leur chance, non ?

Les boules tombent une à une et annoncent le résultat. La première d'abord : vous ne l'avez pas mais bon, il y a le complémentaire pour repêchage après tout. La deuxième : vous ne l'avez pas non plus mais bon, 5 numéros, çà fait un bon pactole quand même. Et la 3ème, et la 4ème, et la 5ème. Vous ne les avez pas, votre espoir tombe à l'eau.
Au pire, un numéro est correct mais c'est trop peu pour que vous récupériez votre mise.
Et là, immanquablement, déçu un petit peu quand même, vous dites qu'il ne faut pas rêver, que les statistiques sont formelles, une chance sur plusieurs millions, cela aurait été hallucinant que çà tombe sur vous !
Vous êtes même capables d'ajouter que c'est mieux comme çà, que l'argent, çà gâche la vie et pourrit les relations avec les gens !

Eh bien, vous voyez, j'en suis là en ce moment avec mon annonce. J'ai joué ma grille, et j'attends le tirage.
J'ai une chance, une toute petite chance. J'attends fébrilement. Entre l'envie et l'enthousiasme et la peur d'être trop déçue.

Alors, dans ces moments-là, il est dur de penser à autre chose. D'avoir envie d'écrire sur un autre sujet. Pourtant, les journées sont riches de mille choses. Je rêve des heures durant devant Pomadour, je recrée notre intérieur, je range des tonnes de papiers ne servant plus à rien, j'ai fait les plans de nos futurs meubles de salon, je chine dans ma caverne d'Ali Baba, j'accumule des tonnes de tissus, de laine, en attendant le savoir-faire. Tout cela en rêvant.

C'est beau de rêver. Pour l'instant, c'est vraiment beau...

Posté par Technicolaure à 10:11 - Billets de route - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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