jeudi 5 mars 2009
Toi, mon amie...
Aujourd'hui, pas de couture. Aujourd'hui, pas de soleil, pas de rires. Juste des larmes.
Hier soir, j'ai appris le décès brusque d'une amie. Elle avait 29 ans et vient de nous quitter d'une rupture d'anévrisme.
Elle s'appelait Peggy. Je n'ai pas de mot, suis attérée. Mon esprit ne sait pas accepter cela.
Je ne l'avais pas vue depuis quelques mois. Mais entre elle et moi, il n'y avait aucune formalité. Chacune savait que l'autre pensait à elle et lorsque nous nous appelions, les choses étaient intactes, reprises comme de la veille, sans coupure...
Je pleure sans cesse depuis hier, je revois son image, j'entends sa voix. Je pense à notre rencontre, il y a quelques années, au départ simplement 2 voisines qui ont fait connaissance, à force de se croiser. Elle, toujours speed, toujours "à fond", jamais de baisse de rythme, on avance, on avance, on avance...
Cela s'était fait spontanément, "un de ces jours, il faudra passer à la maison prendre un café". Est-ce elle ou moi qui avait dit cela ? Je ne sais plus. Mais, quelques jours plus tard, elle avait sonné, était rentrée chez moi et dans ma vie comme si tout cela était logique et cela l'était tout naturellement. Il y avait des choses qui n'étaient pas nécessaires de se dire : l'une avait compris le passé de l'autre et vice-versa. Nous nous en sommes immédiatement contentés et dès ce jour-là, nous nous sommes mises à nous voir très régulièrement, se racontant toutes sortes de choses autour de cafés inbuvables, partageant un tempérament de femmes ayant quelque chose à découdre avec la vie, le coeur toujours prêt à aimer, à aimer trop souvent, passionnément.
Voilà ce que c'était aussi : une rencontre de femmes. De revendication de liberté, d'indépendance. Toujours. Pour mieux se protéger. Une espèce de rage au coeur qui nous faisait avancer sans cesse.
Ce tout petit étage qui nous séparait nous faisait monter ou descendre les escaliers 4 à 4, pour raconter à l'autre les nouveautés de la vie, les petits tracas quotidiens et les grandes émotions.
Elle était là à consoler ma tristesse quand mon grand-père est décédé.
J'étais là pour consoler ses histoires d'amour avec ces hommes qui n'avaient pas compris l'immense besoin d'aimer et d'être aimée qui l'animait.
C'était une bête de travail, jamais de répit, travaillant 6 jours sur 7, cumulant 2 travails semaine et week-end. Elle avait ce besoin d'être performante (et l'était !!), de le prouver, ne comptant jamais ses heures, même si la fête lui avait enlevé ses heures de sommeil, répondait toujours présente. Impressionnante par son volontariat, dans des tâches pénibles, ingrates parfois lorsqu'elle a acquis des responsabilités, dirigeant des femmes qui s'exaspéraient de son exigence de perfection, elle, s'énervant contre l'incompétence.
Et puis, un jour, la vie a été plus douce. Une rencontre. Elle avait trouvé son "maître", avait ce besoin d'admirer pour aimer. Et dieu sait qu'elle l'admirait. Et dieu sait qu'elle l'a aimé. Du jour au lendemain, tout s'est éclairé. Il était enfin arrivé, cet homme qu'elle avait tant attendu. Elle ne l'a plus jamais quitté, depuis maintenant 3 ans. Ils travaillaient ensemble, ne se quittaient jamais, fusionnels, passionnément.
En quelques semaines, l'évidence de leur relation était telle qu'il n'était plus possible d'être séparé de lui une seule nuit supplémentaire. Elle a déménagé très vite, s'engouffrant dans cette relation sans retenue.
A l'époque, je cherchais un appartement plus grand. J'ai repris le sien, comme une autre logique, le connaissant déjà par coeur. Y ai posé mes meubles, mais sa présence n'a jamais cessé d'être là.
On en rigolait, inhabituelle situation, nous qui n'avions jamais trouvé la place dans la normalité.
A partir de ce moment, nous nous sommes moins vues mais n'avons jamais cessé de nous donner des nouvelles, par-ci, par-là. Elle, l'immense amoureuse, si heureuse, elle rayonnait. Jamais une minute à elle, toujours et encore ce rythme effréné, jamais de pause, elle reportait toujours cela à plus tard.
Entre-temps, j'avais redéménagé. Elle était venue, avait rencontré ma fille, m'avait offert tout un ensemble parce "qu'il m'a fait rire dans le magasin et que j'y ai vu une chipie dedans".
Depuis, on se promettait de se faire une soirée de filles, une soirée comme avant, devant un café inbuvable, à refaire le monde, mais cette soirée n'a pas eu lieu. Nous ne trouvions pas le temps, pensant que la vie était devant nous, pour toujours. Et puisque le temps n'importait pas, pas d'inquiétude, ce moment aurait lieu.
Mon amie est partie. Je ne la reverrais plus jamais. Nous n'aurons plus jamais le temps.
Mon dieu, que je suis triste. Je n'ai pas assez de larmes. Trop de colère, trop d'incompréhension.
Je voulais vous parler d'elle. Pardonnez-moi.
Elle me manque tant. Elle va tellement me manquer...
Commentaires
je comprends ta tristesse et ta colère...partir à cet âge là c'est si injuste, pas dans l'ordre des choses...une personnage dans mon entourage est décédée au même âge de la même cause, elle aussi était très speed...ça m'a fait réflêchir...je pense bien fort à toi...
que je suis désolée pour toi.. je ne te connais pas mais ta tristesse est tel que si je t avais en face de moi je te prendrais dans mes bras pour te réconforter... ton amie ,comme toi savait l amitié qui vous liait.. bon courage pour avancer avec ton chagrin... quel bel hommage tu lui donnes
pascaline
Je viens de tomber par hasard sur ton blog, et sur ce billet si bien écrit,sur ce moment si douloureux pour toi.Je comprends ta tristesse et aussi ta colère, que dire de plus...Courage.
Amitiés.
Isa.
cette mort ressemble à celle de mon compagnon qui est survenu le 18 février , à la maison, d'un anévrisme,
décès que j'ai découvet en rentrr chez moites larmes je les comprends bien, je les connais bien, je les laisse toujours couler depuis
sylvie
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